Quels enseignements tirer de l’Exposition Internationale Astana 2017 ?

Quels enseignements tirer de l’Exposition Internationale Astana 2017 ?

Expo Astana 2017Depuis Londres en 1851, les grandes expositions internationales représentent des moments phares de l’actualité internationale, en offrant aux nations du monde entier une vitrine incomparable autour d’un thème donné. Par exemple, la dernière exposition universelle de Milan en 2015 avait choisi pour fil conducteur « nourrir la planète ». La prochaine exposition qui se tiendra à Dubaï en 2020 proposera de « Connecter les esprits et construire le futur ».

La France entend bien relever le défi étant candidate pour l’organisation de l’exposition universelle de 2025 autour du projet ExpoFrance 2025 porté par Jean-Christophe Fromentin. Un challenge très attendu en parallèle des Jeux Olympiques de Paris 2024, puisque la dernière Exposition Universelle hexagonale remonte à… 1937.

Entre deux expositions universelles, qui ont lieu tous les 5 ans pour une durée pouvant aller jusqu’à 6 mois, le BIE (Bureau international des Expositions) valide aussi l’organisation d’expositions internationales spécialisées pouvant durer jusqu’à 3 mois. C’est le cas de l’exposition qui s’est tenue de juin à septembre 2017 à Astana, au Kazakhstan et qui abordait le thème prometteur de « l’Énergie du futur ».

Aujourd’hui, Olivier Budin nous fait partager la visite qu’il vient d’effectuer à Astana.

Olivier BudinAprès avoir débuté une carrière à l’international dans l’agro-alimentaire, Olivier a assumé successivement les fonctions de Directeur de la Foire de Paris puis de Directeur des salons grand-public de Comexpo Paris (désormais Comexposium).

Il a ensuite dirigé pendant 10 ans La Compagnie de Location de Mobilier, filiale du groupe Boemer Rental Services, et s’est impliqué dans la vie de la filière en tant qu’Administrateur et Président de la Commission Ethique RSE et Développement Durable d’UNIMEV.

C’est donc avec toute l’expertise d’un professionnel aguerri de l’évènementiel, que nous allons découvrir l’Exposition Internationale d’Astana qui vient de fermer ses portes.

Gazette des Salons : Bonjour Olivier, pourquoi vous êtes-vous rendu à l’Expo Astana 2017 ?

Olivier Budin : Par curiosité !
Dans le prolongement de la COP 21 et de l’Accord de Paris sur le Climat qui avaient mobilisé notre filière événementielle, j’ai eu envie d’observer et comprendre la façon dont les pays abordaient la transition énergétique.

Russophone, j’avais également depuis quelque temps le projet de découvrir le Kazakhstan, un pays méconnu. Devenu indépendant à la suite de la chute de l’URSS, positionné à la croisée de l’Europe et de l’Asie, il est vaste comme cinq fois la France. Astana, sa nouvelle capitale politique et économique, n’a que vingt ans mais sa superficie est déjà deux fois celle de Paris pour moins d’un million d’habitants. Prospère grâce à la manne du pétrole et de l’uranium, on la compare déjà au Dubaï d’Asie Centrale.

 

GdS : Que retenez-vous de votre visite à l’Expo ?

OB : La modernité du site d’accueil : un nouvel éco quartier futuriste à mi-chemin entre l’aéroport et le centre-ville et des halls d’exposition permanents implantés sur 25 hectares autour d’une « sphère » lumineuse de 80m de diamètre. L’accès, la circulation, la signalétique et la qualité de l’accueil assuré par les volontaires kazakhs y était remarquable.

Sur le fond : malgré des contextes et enjeux très différents d’un pays à l’autre, les 115 nations et les 22 organisations internationales présentes adressaient toutes le même message : « lors de la COP 21 et de l’Accord de Paris sur le Climat, nous avons collectivement réalisé qu’il n’y avait pas d’alternative à la mise en place d’un nouveau mix énergique. Voyez comme nous tenons nos engagements, mais c’est aussi la responsabilité de chaque citoyen d’agir ».

Sur la forme : l’Expo, c’est un exercice de « story telling » puissance 115. A quelques exceptions près, j’ai observé beaucoup de créativité pour expliquer, convaincre et séduire le grand public : danse, musique, films et animations, hologrammes, réalité virtuelle, outils 2.0…

Hall-Expo-Astana-2017

Chaque pays restant fidèle à son ADN, j’ai été très séduit par les dispositifs de communication mis en œuvre par le Japon, la Corée du Sud, la Russie, Israël, La Grande Bretagne, Monaco et, naturellement, la France. Ils m’ont convaincu qu’ils sont en mouvement, agissent et innovent pour réduire le recours aux énergies fossiles.
Pour passer des messages au plus grand nombre, la filière événementielle a de la ressource !

GdS : Pouvez-vous nous décrire le Pavillon français ?

OB : La visite démarrait avec la projection d’un film sur la France qui « innove », qui « inspire la jeunesse », qui « partage », « célèbre » et accueille le monde, avec des images de la COP 21 et de son engagement fort contre le réchauffement climatique. Il s’en dégageait une belle énergie.

Pavillon-France-Expo-Astana-2017D’une surface de 1000m², l’intérieur du pavillon était conçu comme un parcours au cœur de l’innovation « verte » des grandes entreprises françaises présentes au Kazakhstan (la France est au 3è rang mondial des investissements directs au Kazakhstan), ponctué par des « flashs » sur les grands inventeurs et visionnaires français. Ainsi, les espaces aménagés par Total, Vicat, le Syctom, Saint-Gobain, Peugeot et ITER étaient reliés par des couloirs consacrés à Saint-Exupéry, Jules Vernes, Pasteur, Marie Curie…

J’ai découvert que nous savions fabriquer du béton translucide et des murs qui conservent la chaleur, des bioplastiques à partir du C02 des fumées et de microalgues. J’ai également compris qu’il ne suffira que de 750g de mélange deutérium-tritium produits par ITER pour générer 1GW d’électricité (en lieu et place de 10.000 tonnes de charbon).

Enfin, j’ai apprécié la mise en avant par l’ADEME de PME françaises innovantes dans le développement durable, les feux d’artifices tirés par Ruggieri et le grand concert donné par David Guetta, notre « ambassadeur de la fête ». Bravo au Team France !

Access Expo Astana 2017

GdS : L’Expo a fermé ses portes le 10 septembre, 3 mois après son ouverture. Quel bilan ?

OB : L’organisation annonce une fréquentation de 4 millions de visiteurs, sur une base de 50.000 visiteurs par jour les dernières semaines. C’est un très beau succès, même si cela reste peu en comparaison des 73 millions de visiteurs de l’Expo Universelle de Shanghai et des 22 millions de celle de Milan.

Au niveau événementiel, Astana 2017 a hébergé plus de 3000 manifestations culturelles et thématiques, de nombreuses tables rondes d’experts et douze conférences dans le cadre d’un Forum. En est sorti un Manifeste avec des propositions et recommandations pour la transition énergétique mondiale.

L’Expo va désormais laisser la place à un Musée mondial des énergies du futur, un nouveau pôle de recherche et d’affaires et le nouveau Centre Financier International d’Astana. Bel héritage.

Visiteurs-Kazakhs-expo-Astana

GdS : Un message pour Expo France 2025 ?

OB : J’adhère à 100% à la vision du Bureau International des Expositions (ndlr. le BIE, une organisation intergouvernementale basée à Paris, organise les Expositions Universelles et Spécialisées depuis 1851) : il n’y a rien de tel qu’une Expo pour favoriser le dialogue et la coopération mondiale sur les enjeux de l’humanité et les solutions.

Pour la France, accueillir l’Expo Universelle en 2025 autour de « la connaissance à partager, la planète à protéger », c’est une extraordinaire occasion que nous devons savoir saisir -la dernière fois, c’était en 1937 !

Olivier-Budin-Expo-Astana-2017Passée l’excellente nouvelle de l’attribution à Paris des JO 2024, la France entière doit se mobiliser pour réussir le « doublé ». Les Russes d’Ekaterinbourg sont à l’affût avec le thème « changer le monde : innovation et qualité de vie ».

Dans le pavillon japonais qui portait la candidature d’Osaka, le discours de soutien du Premier Ministre tournait déjà en boucle… Il nous reste 14 mois d’ici le mois de novembre 2018 et la désignation du pays hôte de l’Expo 2025.