Jean-Pierre Jouët : du nautisme aux salons

Jean-Pierre Jouët : du nautisme aux salons

L’approche de l’ouverture de « Nautic« , le Salon Nautique de Paris, est l’occasion de mettre en lumière celui qui contribua fortement à la naissance et au développement de ce grand évènement parisien. Au printemps dernier, nous avions eu l’occasion de rencontrer Jean-Pierre Jouët pour faire le tour d’horizon d’une carrière incroyablement féconde dans le monde des salons.

Dès les premiers échanges, on est marqué par la vitalité à peine émoussée par une cinquantaine d’année de création d’évènements et par l’enthousiasme communicatif qui émanent de ce monsieur. Au fil des questions, la mémoire se fait vive et les souvenirs s’égrènent.

Gazette des Salons : Jean-Pierre Jouët, comment les salons ont-ils croisé votre chemin ?

Jean-Pierre Jouët : Bonjour, à l’origine, rien ne me prédestinait à évoluer dans ce monde-là. Au début des années 60, je dirigeais un chantier naval de plaisance à Sartrouville, dans la continuité d’une tradition familiale remontant à 1920. A ce titre, et représentant l’un des chantiers importants, j’étais assez mécontent de la vitrine proposée à cette époque par le « Salon Nautique des Bords de Seine ». Cet évènement était organisé à proximité du Grand Palais, en extérieur, exposé au bruit et aux nuisances parisiennes.

Parallèlement, ces années correspondaient à une véritable démocratisation de la plaisance, dans la lignée de l’école de voile des Glénans. Ainsi, nous sommes quelques-uns à avoir considéré qu’il était temps d’offrir à la plaisance, un salon digne d’une activité en plein devenir.

En revanche, pour organiser légitimement un salon, il fallait tout d’abord créer une chambre syndicale des constructeurs. Ce fût alors pour moi l’occasion de m’impliquer réellement dans la création de cette structure, puis de l’organisation d’un nouveau salon aux côtés du duo mené par la revue « Bateaux » et l’association « CIDEVIV ».

GdS : Le salon nautique de Paris était né ?

JPJ : En effet, le premier salon a eu lieu au CNIT en janvier 1962. La Défense n’était pas encore construite. Cette première édition connut un succès immédiat en réunissant 120 exposants et 54.000 visiteurs. Nous étions confortés dans le fait que cette création correspondait bien aux attentes du public et des professionnels du secteur nautique. Ce succès connut encore une accélération avec la victoire d’Éric Tabarly à la Transat 1964, ce qui valut au Salon Nautique d’être inauguré par le Général de Gaulle. Surfant sur cette reconnaissance, l’évènement s’est structuré sur 4 niveaux présentant l’offre complète en matière de plaisance. Avec l’arrivée du RER, le nombre de visiteurs grossit jusqu’à 180.000 visiteurs.

GdS : Le salon avait toujours lieu au CNIT ?

JPJ : Le Salon Nautique s’est tenu au CNIT jusqu’en 1987, date de la vente du bâtiment. En 1981, la fédération a demandé à reprendre l’organisation du Salon Nautique. Ce qui a amené à la naissance du premier Salon Nautique de la nouvelle ère.

GdS : Parallèlement à cette mutation du Salon Nautique, comment votre parcours personnel a-t-il évolué ?

JPJ : J’ai finalement franchi le Rubicon en 1970, avec la vente du chantier naval, pour me consacrer pleinement à l’évènementiel avec la création d’une entreprise d’organisation de salons, O.I.P. en juin de cette même année.

Salon de la Moto de course 1977Les premières manifestations montées par O.I.P. ont été le Salon des Antiquaires, le Salon de la Voiture de Course à la Gare de la Bastille, le SIPPA (Salon International de la Papeterie). Avec le recul, je mesure à quel point ce salon organisé à la porte de Versailles avec 130 exposants, est rapidement devenu une véritable mère nourricière pour mon entreprise. Déplacé à Paris Nord à Villepinte sur 26.000 m2, il générait 24 millions de francs de CA pour un coût de… 10 millions. Des chiffres qui illustrent bien l’âge d’or des salons, époque où un évènement pouvait être rentable dès sa première édition… Ce salon a été vendu en 1994. Nous avions aussi le Salon INOVA pour le compte du ministère de l’industrie.

Ce fût aussi l’époque de la création de la FIAC à la Gare de la Bastille puis au Grand Palais en 1975. Les salons sont toujours portés par l’environnement économique, et il faut bien reconnaitre que cette grande foire d’Art contemporain a décollé « grâce » à la nouvelle loi sur l’ISF sous la présidence de François Mitterrand. Nous avons lancé d’autres salons tels que Marjolaine, vendu en 1989 à SPAS, le Salon de la Piscine, Musicora… Nous avons organisé jusqu’à 17 salons certaines années. Huit d’entre eux, dont le Salon du Livre créé en 1981 avec Flammarion, se déroulaient au Grand Palais jusqu’à sa fermeture en 1993 pour réhabilitation à l’initiative de Jacques Toubon, Ministre de la Culture. La FIAC a dû alors se déplacer au Quai Branly.

GdS : On retrouve un certain nombre de ces salons chez Reed aujourd’hui ?

JPJ : En effet, ce n’est pas un hasard. O.I.P a été vendu. à Reed Expositions en 1994, contribuant ainsi à l’implantation en France du plus important organisateur de salons au monde. J’ai ensuite accompagné cette passation jusqu’en 1996.

GdS : Fin de l’aventure salon ?

JPJ : Pas du tout ! J’ai ensuite racheté Musicora, le Salon du Patrimoine, le salon de la photo et Rétromobile en montant une nouvelle structure : « Sécession ». Les salons représentent un secteur où il y’a encore des choses à faire, et qui est intimement lié à l’activité économique. Il n’est qu’à voir le pourcentage de salons encore en vie au bout de cinq ans…

GdS : Et aujourd’hui, quelle est votre actualité ?

bateau Aimée HildaJPJ : Nautic, le Salon Nautique 2015 sera pour moi l’occasion de boucler la boucle entre les deux activités qui ont guidé mon parcours professionnel : « Aimée-Hilda », un bateau sorti des ateliers Jouët en 1949 sera exposé cette année à la porte de Versailles (Hall 1 Stand Ji10).

Ce canot utilisé par la SNSM à Ploumanac’h avait été désarmé en 1975, puis remis à l’eau dans ses couleurs d’origine en 1997 grâce à la volonté d’une équipe de « traineurs de grèves ». L’exposition de ce navire suscite une grande émotion en moi, que je vous invite à partager en allant le voir à partir du 5 décembre.

GdS : Merci monsieur Jouët, ce rendez-vous est bien noté. Nous vous souhaitons de bons et longs vents !