Sécurité dans les salons – Première partie

Sécurité dans les salons – Première partie

Tous les événements réunissant du public sont particulièrement exposés aux risques, qu’ils soient sportifs, festifs, citoyens ou commerciaux. Les salons et foires, qui réunissent chaque année 14 millions de visiteurs n’échappent pas à ce phénomène. Tous les acteurs de la filière, à des niveaux différents, se doivent de tout mettre en oeuvre pour éviter le risque, quelle qu’en soit la forme : incendie, attentat, accident, vols… et de manière générale la mise en danger des personnes travaillant sur des salons ou bien les visitant.

La notion de sécurité dans les salons est très large et englobe de nombreux aspects que le public ne soupçonne pas, avec parfois des confusions entre ce qui relève de la sécurité et ce qui relève de la sûreté. Pour donner une définition la plus simple possible, on peut dire que la sécurité doit prévenir contre tous les dangers involontaires (accidents, feu, inondations…) et que la sûreté doit préserver de tous les dangers volontaires (actes de malveillance, vols, attentats…). Nous allons tenter dans les lignes suivantes d’apporter un éclairage sur le premier aspect, la sécurité, en identifiant les différentes étapes et les principaux acteurs.

La sécurité prise en compte dès la conception du salon

Pour qu’un salon grand-public ou professionnel se déroule dans de bonnes conditions, permettant des échanges fructueux entre tous les participants, la sécurité et la sûreté doivent être considérées comme prioritaires par les organisateurs. La prise en compte de ces éléments démarre dès la conception de l’événement à venir.

Le bureau d’études du salon, généralement intégré chez l’organisateur ou parfois indépendant comme Chrysalis, l’entreprise de Richard Regnier, établit en collaboration avec la direction du salon une étude d’implantation théorique, sous la forme d’un plan qui intègre les principaux espaces du salon, les stands et surtout tous les éléments de gestion des flux. Ceci avant la commercialisation du salon. Le chargé de sécurité fait part de ses remarques, fait modifier l’implantation si besoin, et dépose le dossier en préfecture au plus tard deux mois avant la tenue du salon.

Sécurité incendie : Le rôle du chargé de sécurité

À partir de 1 500 m² de surface d’exposition, l’organisateur de salon doit faire appel à un chargé de sécurité qui devra être présent pendant toute la durée du montage et de l’ouverture de la manifestation. Le périmètre d’intervention du chargé de sécurité concerne la « prévention incendie et de panique » pour les ERP (établissements recevant du public).
Gérard Raillard, professionnel reconnu du secteur nous décrit les grandes lignes du rôle d’un chargé de sécurité :

Sous la responsabilité de l’organisateur, le Chargé de sécurité a pour mission d’étudier et de gérer l’aménagement général d’une manifestation :

  • Etudier, avec l’organisateur de la manifestation, le dossier d’aménagement en faisant preuve de discernement à partir de l’analyse des risques réels,
  • Faire appliquer par l’organisateur les prescriptions formulées par l’administration,
  • Participer à la commission de sécurité (ne concerne que les très gros événements),
  • Renseigner et conseiller les exposants sur les dispositions techniques,
  • Examiner les déclarations et demandes d’autorisation des machines en fonctionnement et de présence des gaz,
  • Contrôler, dès le début du montage des stands et jusqu’à la fin de l’ouverture au public, l’application des mesures de sécurité incendie,
  • S’assurer que les équipements de sécurité de l’établissement ne sont pas neutralisés,
  • Contrôler la présence et la qualification du personnel du service de sécurité,
  • Rédiger un rapport final prenant position sur l’opportunité d’ouvrir tout ou partie de la manifestation au public.

Enfin, le chargé de sécurité auquel fait appel l’organisateur doit être dûment qualifié par un Brevet de prévention, certificats spécialisés SSIAP 3 ERP- IGH 3 PRV2 AP 2. Logiquement, on trouve beaucoup d’ancien pompiers chez les chargés de sécurité incendie. Gérard Raillard reconnait que sa mission consiste également à convaincre inlassablement tous les acteurs, organisateurs, exposants et prestataires du bien fondé des règles et de l’importance de leur respect. Les parcs d’expositions reçoivent régulièrement des commissions de sécurité, entre celles inhérentes aux très gros événements, et celles propres aux installations des parcs.

De nombreuses entreprises généralistes de sécurité ou de gardiennage sont à même de proposer une prestation complète allant jusqu’à la sécurité incendie. Plus rares sont celles à proposer une offre réellement dédiée aux salons comme Inorix à Bordeaux Paris et Lyon, ou bien comme Vip Sécurité et Securipro en Ile de France.

SPS : La sécurité des personnels travaillant sur site

Quand on évoque la sécurité, on pense spontanément à la sécurité des visiteurs, mais la première étape pendant laquelle des personnes sont exposées intervient dès la période d’installation du salon, quelques jours avant son ouverture officielle, le fameux montage. Cette mission de veiller à ce que toutes les personnes évoluant dans le parc des expositions (personnels du parc et des organisateurs, prestataires, exposants) pendant cette période intense et très animée, soient en sécurité dans le cadre de leur travail est de la responsabilité du coordonnateur de sécurité et de protection de la santé (SPS). Le coordonnateur est nominativement responsable, et ses donneurs d’ordres sont les organisateurs, mais aussi certains exposants qui sont les maîtres d’ouvrage de leurs stands. Il peut y avoir un coordonnateur pour le salon et un autre pour un des stands.

La mission première du coordonnateur consiste à valider et vérifier l’équipement des personnels et des méthodes de travail. Il établit un document cadre intitulé « plan général de coordination » pour chaque salon spécifique dans un lieu spécifique. C’est un document unique et non réutilisable qui définit le cadre dans lequel les sociétés concernées vont répondre, expliquer comment et qui intervient. Les principaux points de vigilance sont :

  • Le port des EPI (équipement de protection individuelle),
  • La mise en place des dispositifs d’indentification des personnes, comme des badges,
  • Le respect des amplitudes de travail, les dépassements et la fatigue accumulée étant souvent source d’accident,
  • La prévention des risques de chutes en évitant les installations dangereuses,
  • L’évitement de la superposition des taches.

La deuxième partie de l’intervention du coordonnateur SPS est d’effectuer des contrôles sur site pour vérifier que les engagements pris sont bien respectés et que les personnels font leur travail en toute sécurité. Dans certains cas de non-respect des règles et de mise en danger manifeste, certains personnels peuvent se voir interdire l’accès au chantier. Toutefois, Martin Jouët, de l’entreprise DÖT relève « qu’une évolution est à noter en ce qui concerne la prise de conscience des professionnels vis-à-vis de la sécurité des personnels. Les entreprises sont plus au fait de la loi qui remonte à 2002. Les maîtres d’ouvrage ont compris que le fait de s’approprier la réglementation permettait de changer certaines pratiques. » Mais la bataille pour une totale prise en compte des risques est loin d’être gagnée, Martin Jouët estime « qu’environ 40 % des salons font vraiment les choses dans les règles de l’art ».
Devant l’ampleur de la tâche, cette mission de coordination SPS manque de personnels qualifiés, et on manque de coordonnateurs. Pour le devenir, il faut 5 semaines de formation réparties sur 3 mois, sous réserve de pouvoir justifier d’au moins 60 mois d’activité dans le secteur événementiel.

Santé : de la bobologie aux malaises en passant par un accouchement

Au-delà des obligations de sécurité décrites plus haut, l’organisateur du salon a également une obligation de moyens concernant la santé des personnes présente, c’est-à-dire être à même de gérer la prise en charge et l’organisation des secours pour les malades ou victimes d’accidents. Pour cela, il peut s’en remettre à des organismes comme la Croix Rouge, ou bien faire appel à des structures privées telles que MedEvent. Cette petite entreprise rochelaise met à disposition des médecins et infirmiers, parfois déployés en binôme en fonction de l’importance de l’événement.

Son dirigeant et médecin, Philippe Bouillard reconnait traiter principalement de la « bobologie » liée aux petits accidents nécessitant des soins et de la petite chirurgie, et des malaises dus à la fatigue, liée aux décalages horaires sur les salons internationaux, au stress des manifestations. « Nous devons faire face à un grand nombre de pathologies et nous nous déplaçons sur site avec une centaine de références de médicaments, mais aussi avec le matériel d’urgence et de réanimation pour parer à toutes les éventualités : cardioscope défibrillateur, matériel d’intubation, set de petite chirurgie, matelas coquille, etc… Nous avons même réalisé un accouchement sur le salon Idéo Bain porte de Versailles ». MedEvent a la responsabilité des patients suivis, et est assuré en conséquence. L’entreprise intervient sur une trentaine de salons, mais aussi des événements sportifs ou des tournages comme Fort Boyard.

Cet article est issu du dossier publié dans le Guide des Salons du mois de juin 2018.

A suivre prochainement, l’article traitant de la sûreté des salons.