EXPOFRANCE 2025 les piliers nécessaires en vue d’une bonne exposition

EXPOFRANCE 2025 les piliers nécessaires en vue d’une bonne exposition

Troisième volet de notre entretien avec Ghislain Gomart, Directeur Général d’EXPOFRANCE 2025, association dont l’objet est de préparer la candidature de la France à l’Exposition universelle en 2025.

Il nous explique aujourd’hui le travail de réflexion qui l’a conduit dans la phase actuelle active du projet. Sur quels intervenants s’appuie l’association ? Les partenaires sont de plus en plus nombreux, quelle sont leurs motivations ? Comment s’articule le dossier et quelle est la répartition des tâches ?

Propos recueillis par Eric Watiez pour la Gazette des Salons

EW. Vous nous avez présenté le concept du projet de l’exposition universelle en France en 2025 dont l’aspect innovant réside essentiellement dans prospective de structure géographique en 3 cercles concentriques : les territoires, le Grand Paris et Paris. Vous êtes maintenant entrés en phase active. Comment, au-delà de la réflexion initiale, travaillez-vous sur le projet ?

GG. Pour faire un parallèle cohérent avec le symbole des expositions universelles parisiennes, la tour Eiffel, notre projet repose sur 4 piliers : un pilier économique, un pilier politique, un pilier académique et institutionnel et un dernier pilier grand public et populaire.

Le premier pilier est fondamental. Si notre projet a vocation à relancer l’économie, redynamiser nos fondamentaux économiques, les entreprises doivent être partenaires et impliquées dès le départ. Les pouvoirs publics n’ont plus les capacités d’investissement. Nous avons donc ouvert les partenariats, les premières entreprises sont arrivées en 2013.

EW. Quelles sont les motivations de ces entreprises ? Qu’attendent-elles de leur accompagnement au projet ?

GG. Le premier patron à avoir engagé son entreprise dans le projet a été Georges Plassat, PDG de Carrefour. Lorsque je l’ai rencontré, alors que nous n’avions pas encore de partenaire et que le projet était totalement virtuel, il a répondu immédiatement que la France avait besoin d’un grand chantier et d’une énergie collective qui la repositionne dans le concert international, que la France avait besoin de se retrousser les manches et d’arrêter de se complaire dans la morosité. C’est vraiment cela qui l’a motivé ainsi que l’ensemble des autres partenaires ensuite.

Les partenaires apportent un financement qui permet d’établir un budget pour que l’association fonctionne, ait des bureaux, qu’une équipe se constitue, puisse communiquer, participe à des événements qui, progressivement, vont faire connaître le projet.

Avec l’effet boule-de-neige, nous avons aujourd’hui 16 grands groupes partenaires fondateurs et d’autres sont à venir. Nous souhaitons mobiliser tout le tissu économique du pays, les ETI par exemple. Un collège des partenaires PME prend forme. Deux mois seulement après son lancement, nous avons déjà une douzaine de PME partenaires du projet, qui apportent un petit financement et s’engagent à mobiliser leurs collaborateurs. Nous en visons des centaines.

EW. Au-delà des entreprises, quels partenariats nouez-vous ?

CG. Toutes les collectivités territoriales, quelles que soient leur dimension, peuvent trouver place dans le projet. Nous voulons également que l’ensemble des corps intermédiaires puissent s’y associer : nous venons de nouer des partenariats avec la CGPME, le Medef, l’UPA le CJD, etc. nous avons portes ouvertes sur leurs congrès annuels, comme Planète PME ou l’université d’été du MEDEF en août, etc.

UNIMEV (Union française des métiers de l’événement) a été la première fédération professionnelle à nous rejoindre. Des fédérations sportives comme la fédération française de tennis, sont avec nous. Tout cela manifeste que dans tous les secteurs d’activité de la vie sociale et économique de notre pays, il y a cette volonté d’un immense projet novateur qui permette d’accueillir le monde dans cette grande exposition en 2025.

EW. L’opinion économique et sociale a donc une vraie envie d’y aller. Qu’en est-il du politique ?

GG. Le volet politique est un deuxième pilier de notre « tour Eiffel ». Notre projet est-il consensuel ou bien de nature à élargir les dissensions politiques ? Le challenge pour notre pays, avec ses alternances, est de porter un projet collectif et mobilisateur d’ici 2025. Les deux dernières tentatives de la France dans les années 80 et 90 ont fini par échouer sur des questions d’alternance politique, sur des comportements de politique droite-gauche pour faire simple. Nous avons conçu le projet en prenant cela en compte d’entrée de jeu.

Aux côtés de JC Fromantin, fondateur, député-maire UDI de Neuilly, il y a le sénateur-maire socialiste d’Alforville, Luc Carvounas. L’un est du 92, l’autre du 94, la symbolique est simple et forte.

En deuxième étage de la « fusée » politique se trouvent les grandes associations d’élus, par définition transpartisanes : l’AMF (Association des Maires de France), l’ADF (Association des Départements), demain nous espérons l’ARF (Association des Régions), l’AMGVF (Association des Grandes Villes), etc. Nous étions présents au congrès de l’AMF en novembre dernier où Jean-Christophe Fromantin, Luc Carvounas et Jacques Pélissard ont lancé un appel à la mobilisation des territoires et où EXPOFRANCE 2025 tenait un stand. Ceci nous a permis de mobiliser : sur 3 jours, nous avons obtenu plus de 1.000 signatures d’élus répartis sur toute la carte de France, révélant une émulation généralisée, largement au-delà de la seule Ile-de-France.

Le troisième étage de notre « fusée » sur le champ politique est l’obtention auprès de Claude Bartolone, Président de l’Assemblée nationale, de la mise en place d’une mission d’information parlementaire sur cette idée de l’organisation d’une exposition universelle en 2025. La décision a été prise par la conférence des présidents de l’assemblée. Les six présidents de groupe ont validé en 2013 le fait de faire travailler les députés sur l’intérêt de la candidature. Depuis, janvier dernier, date de la création de cette mission, dont Jean-Christophe Fromantin a été élu président, elle auditionne chaque semaine différentes personnes en vue de rédiger un rapport parlementaire sur l’intérêt pour la France de se lancer dans cette candidature. Les audités sont des économistes, des urbanistes, des architectes, des prospectivistes ou des étudiants qui travaillent sur le projet.

EW. Ces auditions très fréquentes et régulières font-elles avancer le projet ? Comment l’orientent-elles ?

GG. En février, le Secrétaire général du BIE (Bureau International des Expositions), M. Loscertales, a été interrogé sur cette innovation conceptuelle des expositions universelles qui serait de ne pas réaliser un site fermé comme habituellement, avec une succession de pavillons montés de façon éphémères. M.Loscertales a répondu qu’il n’y avait pas de règle restrictive en la matière, à savoir l’éclatement territorial du projet. En revanche, il a avisé l’assemblée, par pragmatisme, qu’un centre plus dense dans l’exposition serait néanmoins efficace, d’où l’idée conservée aujourd’hui des trois cercles concentriques : les métropoles régionales, celui du Grand Paris et une zone plus dense qui serait le centre de la capitale.

Notre projet évolue donc naturellement dans la discussion. La mission parlementaire ne travaille pas directement sur le contenu même de l’exposition, mais davantage sur l’intérêt pour la France de poser sa candidature à cette exposition. Gageons toutefois qu’il y aura dans le rapport de nombreuses propositions quant au contenu de l’exposition.

Il est remarquable d’avoir dans cette mission des personnalités éclectiques comme Bruno Le Roux, rapporteur de la mission, Marie-George Buffet, Jean-François Lamour, Noël Mamère, pour ne citer qu’eux, des personnalités qui viennent de territoires divers et ont des histoires politiques différentes. Ainsi, la marche vers un consensus est en place. Cette mission devrait rendre son rapport à l’automne prochain.

EW. Passons au 3ème pilier de votre fondation de projet si vous le voulez bien…

GG. Il s’agit du pilier académique et institutionnel. Nous avons tout d’abord bâti un partenariat avec 7 grandes écoles et universités. Le projet doit être porteur de perspectives d’avenir enthousiasmantes, et, à l’heure où de nombreuses études révèlent que nos diplômés pensent que leur futur professionnel se joue ailleurs dans le monde, et sont tentés d’aller s’implanter ailleurs, il paraît important de leur permettre de s’engager ici en France et de leur faire comprendre qu’il leur appartient de contribuer à créer l’avenir de notre pays..

Depuis une dizaine de mois, environ 400 étudiants de ces écoles et universités ont travaillé sur le projet. Ils ont présenté leurs réflexions en janvier dernier, sur de nombreux aspects : concepts, thèmes, lieux, objectifs de découvertes pour les visiteurs, etc.

Une tendance a révélé qu’il fallait une exposition universelle très ouverte, sur plusieurs sites simultanément, avec une plus grande place réservée aux mobilités. Il en est également ressorti qu’on ne venait pas seulement visiter une exposition universelle, mais vivre une expérience nouvelle, sensorielle, culturelle… Au-delà de ces convergences, il y a bien entendu eu des expressions conceptuelles différentes comme le thème de l’hospitalité présenté par les étudiants de la Sorbonne, ou le génie du corps, très belle présentation du centre Michel Serres, ou encore « 9 milliards d’habitants en 2050, de nouvelles énergies » par l’école nationale supérieure d’architecture de Paris La Villette… La dynamique s’est ensuite poursuivie puisque la mission parlementaire a demandé à auditionner deux écoles pour se représenter les opinions de la jeunesse sur le projet.

Nous allons maintenant approfondir les différents modules du projet : l’hospitalité, l’accueil, la mobilité, le choix du thème et des sites, le modèle économique… Les étudiants pourront plancher sur ces sujets, sans doute avec le concours d’organismes comme Atout France et d’autres entreprises partenaires.

EW. Quelles autres mobilisations mettez-vous en place ?

GG. Nous avons souhaité mobiliser progressivement l’ensemble des corps intermédiaires du pays, dans les sphères économique, environnementale, sociale, etc. Ceci ouvre de façon éclectique notre travail de partenariats vers les organisations patronales, les fédérations professionnelles, sportives, patrimoniales, les syndicats de salariés, etc.

Dans le cadre des partenariats noués, nous pouvons promouvoir EXPOFRANCE 2025 lors des événements organisés par nos partenaires. Prenons l’exemple d’une fédération sportive comme la FFT (tennis). La FFT est, à travers les Internationaux de France de Roland-Garros, un acteur de la promotion de la France dans le monde et, à ce titre, a un rôle à jouer pour développer la notoriété d’EXPOFRANCE 2025. Roland-Garros sera l’un des événements qui jalonnera l’exposition universelle de 2025. Le projet sera présenté dans le journal de Roland-Garros et sur le site de la FFT. De la même manière, EXPOFRANCE 2025 sera présente au Paris Jumping Eiffel aux pieds de la Tour début juillet et au Mondial de l’Automobile à l’automne prochain. Les partenariats institutionnels se multiplient et contribueront ainsi à faire connaître le projet.

EW. A vous entendre, on a l’impression que le projet est extraordinairement mobilisateur et que les partenariats deviennent faciles à capter…

GG. Sur la partie institutionnelle, vous avez partiellement raison. Le projet est très mobilisateur et nous ne demandons pas de contribution financière, mais nous demandons la promotion du projet au sein des organismes partenaires et dans leur environnement (participation à leurs événements, articles dans leurs revues internes, présence sur leur site Internet, etc.).
Pour trouver des partenaires qui mettent de l’argent sur la table, il faut un peu plus de patience…
Mais la puissance acquise en un an par le projet et la crédibilité des soutiens déjà engrangés sont des atouts indéniables.

EW. Tout cela semble impressionnant, avec quelle équipe articulez-vous tout cela au quotidien ?

GG. Nous sommes aujourd’hui 3 personnes, une équipe somme toute très légère et qui manque de bras parfois. Ma petite équipe s’est constituée progressivement. Je me suis installé dans un bureau en janvier 2013. En mars sont arrivés une stagiaire et un CDD. La stagiaire, chargée des aspects administratifs et financiers, a poursuivi sur un contrat de professionnalisation. Une autre jeune personne, arrivée en septembre, est chargée de la communication, des réseaux sociaux et des relations presse.

EW. Merci monsieur Gomart de tous ces détails concernant cette organisation qui, rappelons-le, n’est que l’étape primaire en vue de l’obtention d’une candidature. Dans un prochain entretien, nous aborderons l’aspect grand public, quatrième pilier fondateur du projet.